J’ai cessé de défriser mes cheveux par amour pour ma fille

 

 

Mon premier défrisage

On m’a défrisé les cheveux à l’âge de douze ans. Mes cheveux étaient très longs et volumineux. J’étais arrivée à un âge où je voulais me coiffer seule. Ma mère devait déjà s’occuper de sa chevelure ainsi que de celle de ma petite soeur donc il lui a semblé évident que le défrisage serait la meilleure solution. Il faut dire qu’à l’époque nous n’avions pas toutes les connaissances ni tous les produits et accessoires dont nous bénéficions aujourd’hui.

J’avais déjà expérimenté à plusieurs reprises le défrisage à chaud. Le principe est de chauffer un peigne en fer que l’on applique ensuite sur les cheveux. Je me souviens que j’adorais la sensation d’avoir des cheveux lisses. Ce n’était pas tant le rendu qui me plaisait mais plutôt le fait qu’ils étaient plus simples à démêler.

 

Un quotidien sans nuage avec mes cheveux défrisés

Le défrisage a changé ma vie. Enfin presque. Mes parents m’ont imposé pendant quelques années le rituel des bigoudis et du casque car ils pensaient à l’époque que sans cela je n’étais pas “coiffée”. Ces sessions duraient au minimum 1h30. Je me souviens de ces dimanches ou désespérée, j’essayais de survivre entre le casque brûlant, le ventilateur et la climatisation.

Puis, une fois arrivée au lycée ils ont accepté que je me coiffe à ma convenance. Et moi, j’ai tout simplement arrêté de me coiffer ^^. Je plaisante, euh, il y a peut-être un fond de vérité. Malgré les défrisages successifs mes cheveux sont restés longs et volumineux. Je faisais mon shampoing une fois par semaine, je les démêlais, puis je n’y touchais plus jusqu’au prochain shampoing. En somme, ma routine capillaire n’a pas changé depuis cette époque. Par magie je paraissais coiffée donc hormis l’heure (ça me prend toujours autant de temps) que je passais à démêler et laver mes cheveux sous la douche, j’étais tranquille pour la semaine.

Quelques années plus tard je les ai lissé pendant une assez longue période pour que le démêlage soit plus facile, et l’étape du shampoing moins longue. Mais globalement, mes cheveux “vivaient leur vie”.

 

Le déclic

Ma fille était en dernière année de crèche quand des salariés de celle-ci m’ont fait des remarques sur ses cheveux.

La première remarque a eu lieu l’une des rares fois où j’ai laissé ma fille en afro:  “Vous arrivez à la coiffer? Ça ne doit pas être facile. Vous devriez lui faire des nattes”.

Ce discours m’avait profondément agacé mais je ne suis pas du genre à aller au clash. J’ai laissé passer l’orage que j’avais dans la tête.

Un mois plus tard, une autre membre de l’équipe m’a raconté toutes dents dehors qu’elle s’était amusée avec son collègue à interpeller ma fille toute la journée en l’appelant Tahiti Bob, personnage de la série animée Les Simpson. Je ne connaissais pas ce personnage. J’ai quand même compris sur le coup que cette remarque n’était pas pleine de bienveillance. Lorsque que j’ai vu de qui il s’agissait ça a été le déclic.

Aller voir la responsable de la crèche n’aurait servi à rien. Au mieux, elle aurait compris et les aurait convoqué. Qui sait comment ils se seraient comportés avec ma fille par la suite? Au pire, elle aurait minimisé ce qui à mes yeux était un comportement abjecte.

 

Je savais à ce moment précis qu’il me faudrait revenir au naturel mais je n’en avais pas envie. Certaines de mes amies avaient sauté le pas pour des raisons très différentes de la mienne. Elles avaient opéré ce changement radical bien avant la mode du retour au naturel. Je savais donc que cela prendrait beaucoup de temps et que pour quelqu’un comme moi qui n’aime pas passer du temps à s’occuper de ses cheveux ce serait horrible.

Mais je n’avais pas le choix. A quoi bon répéter à ma fille qu’elle a de beaux cheveux si j’ai les cheveux défrisés? Les cheveux de son père sont naturels mais courts. Il fallait donc sauter à pieds joints dans l’inconnu. Je dis bien dans l’inconnu, car je n’avais aucun souvenir de mes cheveux naturels. Même avant mon premier défrisage ils étaient tout le temps coiffés donc la nature “sauvage” de ceux-ci m’était inconnue.

 

 

 

Un long périple

Voilà de quelle façon j’ai vécu ce retour au naturel. Un cauchemar éveillé. Je n’ai pas osé le “big chop”. Pour ceux qui ne connaitraient pas, il s’agit de raser ou de couper à ras tous les cheveux défrisés.

J’ai opté pour “la transition” qui, comme son nom l’indique permet de garder les cheveux défrisés en attendant que les cheveux naturels repoussent. En gros je me suis retrouvée avec deux natures/ textures capillaires. Et c’est très laid ^^. J’ai failli renoncer à plusieurs reprises  mais mes copines ont été formidables et ont su me remotiver.

 

L’anecdote qui me fait rire jusqu’à présent

Un soir,  mon mari est parti travailler comme à son habitude. Je devais faire mon shampoing. J’avais déjà coupé moi-même une bonne partie de mes cheveux quelque mois auparavant. Il savait que j’avais pour projet d’aller très prochainement chez le coiffeur afin de les couper. Lui qui ne m’avait connu qu’avec les cheveux très longs était donc préparé psychologiquement à un changement radical. Mais ce soir-là, j’ai décidé de couper 95% de la longueur défrisée qu’il me restait. J’avais la sensation de soigner, peigner, laver des cheveux qui ne m’appartenaient plus.

Le pauvre est rentré le lendemain matin et a trouvé une autre femme dans la maison! Je ne ressemblais pas à une folle. Moi qui ne taillais jamais mes pointes j’ai tout de suite eu la main pour cette nouvelle vie capillaire. Mais bon, je ne l’avais pas prévenu et il était vraiment en état de choc. Il m’a expliqué quelques jours après qu’il m’a tout de suite trouvé très jolie mais qu’il ne s’y attendait pas. Ce qui est normal.

 

Les remarques désobligeantes

Les remarques les plus désagréables sont venues étrangement (ou pas) des plus proches et d’antillais de surcroît.

  • “Pourquoi faire une telle chose?”
  • “Tu es tellement belle avec tes cheveux défrisés!”
  • “Tu ne vas ressembler à rien! Vraiment je ne sais pas comment tu vas faire, ça ne fera pas soigné!”
  • “Tu iras travailler comme ça? »
  • “En fait tu te trouvais certainement trop belle pour penser à faire une telle chose!”

 

Nos routines capillaires

J’ai acheté 10 000 produits, que ce soit pour ma fille ou pour moi. Et quand j’ai le goût du risque, car je suis toujours déçue, j’en teste de nouveaux. Voici les gammes qui nous vont parfaitement pour le moment.

De gauche à droite:

Curlie Cutie Cleansing Cream – Sulfate Free Cleanser

Coconut Dream Conditioner

Moist Curls – Curl Moisturizer/Detangler

Curly Q Gel-les’c – Curl Jelly

J’applique les produits dans cet ordre sur les cheveux de ma fille. Je les achète sur le site de Colorful Black mais vous pouvez les trouver ailleurs. Cette marque a également une gamme pour bébé que j’ai acheté jusqu’à ses deux ans, puis je suis passée à celle-ci.

 

© gayococo.com

J’utilisais cette gamme même avant mon retour au naturel et jusqu’à présent ce sont les produits qui me vont le mieux. Et ce Low Shampoo découvert il y a deux ans je crois, il est juste LE produit dont je ne peux pas me passer. Un shampoing sur deux je n’utilise que celui-ci, et mes cheveux sont pourtant au top de leur forme sans même avoir appliqué la crème de soin.  On ne le trouve pas partout malheureusement, contrairement au masque et à la crème de soin.

 

Et après?

On m’a souvent demandé si je compte les défriser à nouveau. Je n’en sais rien. Tout dépendra de ma fille. Je l’ai fait pour elle. Le jour où je serai certaine qu’elle aime (c’est l’essentiel) et assume ses cheveux, j’y songerai peut-être car j’ai quand même un sacré volume!

Quant à ma fille, elle fera ce qu’elle voudra de sa chevelure. C’est la sienne et les cheveux, ça repousse.

 

 

 

Le jeu en valait la chandelle

Si je devais le refaire, je le referais mille fois. Quand ma fille m’a dit pour la première fois “Maman nous sommes pareilles, j’ai les même cheveux que toi!” j’ai retenu mes larmes. C’est la plus belle des récompenses. Et lorsque je la vois coiffer son poney ou son père (le pauvre ahah) et qu’elle n’oublie jamais de passer le brumisateur avant le démêlage. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire, et d’être fière de moi.

 

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12 Commentaires

  1. Regine
    29 août 2018 / 23 h 41 min

    Representation matters, c’est une belle preuve d’amour a ta fille.
    Ton article est émouvant.
    Regine

    • Gayococo
      Auteur
      30 août 2018 / 9 h 34 min

      Merci beaucoup Régine!

  2. Stephanie
    30 août 2018 / 9 h 42 min

    Témoignage émouvant. Je reverai d’avoir votre chevelure mais j’ai opté pour le court car je n’ai pas la patience de les voir pousser. Qui sait, un jour j’aurai moi aussi mon déclic.
    Merci pour cet article, cela donnera confiance à certains parents qui vivent la même situation que vous : oui nos cheveux sont différents, oui nous avons différents types de métissage….. Nous sommes ce que nous sommes.

    • Gayococo
      Auteur
      30 août 2018 / 9 h 56 min

      Stéphanie,

      Vous avez compris le sens de ce témoignage et votre commentaire me touche beaucoup.

  3. 30 août 2018 / 10 h 00 min

    Superbe article. Ta fille peut etres tres fiere de toi. Pour en revenir au personnel de la creche, je trouve que les gens ne se rendent vraiment pas compte de l’impact que peut avoir ce genre de propos sur une petite fille. J’ai aime le passage sur le vapo 🙂

    • Gayococo
      Auteur
      30 août 2018 / 10 h 09 min

      Merci beaucoup Pop K’Nel!

      Je partage ton constat, les gens ne sont pas toujours conscients de la portée de leurs propos sur des enfants. Mais je pense que quel que soit l’âge une réflexion de ce type reste gravée à vie.

  4. 31 août 2018 / 1 h 20 min

    Excellent article / témoignage. C’est parfois brutal effectivement le manque de tact et l’ignorance de certains… surtout auprès d’enfants. On imagine qu’en 2018 la société a évolué et comprend les différences mais ce n’est pas partout le cas… Ça peut poser des problèmes mais mettre les pieds dans le plat ça peut faire avancer les choses… Après tout, ne pas connaître n’autorise certainement pas à se moquer d’un enfant. Le comble c’est que cela se produit même dans des écoles, par des enseignants…
    Tenez bon dans votre retour au naturel. Effectivement c’est du travail mais c’est aussi un plaisir, même un plaisir à partager avec ses enfants.
    Et puis c’est en arborant le plus largement possible des coupes naturelles qu’on fera évoluer les mentalités 😃
    Présentons notre / nos “différences” (différences par rapport à qui d’ailleurs, quelle norme ?) Ne cachons jamais nos différences car elles sont vraiment belles ! ❤️

    • Gayococo
      Auteur
      31 août 2018 / 9 h 58 min

      Merci Colorful Black. Tout est dit! ❤️ ❤️ ❤️

  5. Elodie Canamas
    14 octobre 2019 / 15 h 30 min

    Aujourd’hui je range mon bureau, et là je (re) découvre ta carte de visite, alors e me décide enfin à aller voir ton site!
    Celui-ci est le premier article que je li, en tant que maman, le sujet m’a interpellé.
    Quelle belle preuve d’amour pour ta fille! J’en ai encore les larmes aux yeux, je n’ai pas de mots :'( <3
    Saches pour info que je me souviens parfaitement de ton changement. Et tu sais quoi? Je me suis juste dis "tiens, elle a changé de coiffure, c'est chouette de changer", et c'est tout! 🙂

    • Gayococo
      Auteur
      31 décembre 2019 / 17 h 05 min

      Merci Elodie! Je viens juste de lire ton commentaire. Des mois après… Tes mots me touchent beaucoup. Je t’embrasse.

  6. 30 août 2021 / 21 h 51 min

    Très beau billet
    C’est à la fois génial et émouvant
    Ca me rappelle un billet que j’avais écrit « Des paillettes sur ma chevelure crépelée »
    Je te le laisse le lien du billet sur mon blog 🙂

    Bien à toi,
    LA

    • Gayococo
      Auteur
      14 septembre 2021 / 15 h 49 min

      Bonjour Laury-Ann,

      Je viens de prendre connaissance de ton message. Merci pour ces compliments.
      Ton billet décrit parfaitement le « rituel » de coiffure du dimanche des jeunes filles antillaises. Idem pour la vision déformée de la beauté noire féminine associée aux cheveux défrisés.

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